mardi 23 décembre 2008

 

L’humanisme à l’ère numérique

Voici un article de Natacha Quester-Séméon paru dans la revue « Des idées et des âmes », revue intemporelle des Humains Associés, No. 8 en 1997.

En lisant ce texte précurseur, nous pouvons nous rendre compte du chemin parcouru par Internet au cours des dernières années. Le lien planétaire entre les humains est établi et le développement d’une civilisation planétaire est à portée de main en ce début de XXIe siècle.

TEXTE DE L’ARTICLE

« Un vent mutagène qui s'appelle Internet souffle sur la planète et bouleverse les idées reçues. On estime que 600 millions de personnes l'utiliseront en l'an 2 000. Le principe fondateur du Net " Donner et recevoir " rejoint notre philosophie de l'acte gracieux. Alors que le réseau des réseaux était encore méconnu dans nos contrées européennes, notre association s'est lancée dans la cyber-aventure. Le navire des Humains Associés est parti droit devant sur l'océan numérique. L'intention de l'équipage : rencontrer des voyageurs de tous horizons.

À travers notre site, nous avons choisi d'offrir des contenus gratuits et d'ouvrir le dialogue avec les humains de la planète. Des Idées et des Âmes, ainsi que l'ensemble de nos éditions, est intégralement accessible en ligne. Depuis janvier 1995, date de notre arrivée dans le cyberespace, environ quarante mille internautes ont parcouru sur leur écran la version électronique de la revue. À la recherche d'une éthique pour le réseau, nous éditons un journal électronique,

Le Journal Virtuel, une tribune pour tenter de réfléchir aux répercussions qu'ont les nouvelles technologies sur les mentalités et les modes de vie de l'homme.
Humains-fr, tel est le nom du cercle virtuel de réflexion que nous avons fondé.

Actuellement, il compte quatre cents abonnés d'une trentaine de pays. Chaque jour, par courrier électronique et dans la langue de Molière, les idées et les discussions fusent sur des thématiques philosophiques, scientifiques, poétiques, et artistiques.
Internet nous offre un formidable moyen de partager nos connaissances avec les exclus. Pour Hervé le Crosnier, " diffuser les compétences de l'écriture multimédia, en permettant à des groupes sociaux de créer leurs propres documents et de les placer sur le réseau, est un moyen pour tisser de nouveaux liens de citoyenneté. Les quartiers démunis, les populations en échec scolaire, les chômeurs, les personnes âgées sont aussi concernés par le réseau. L'apport du mouvement coopératif à l'école est à méditer aujourd'hui. Créer un journal de quartier, diffuser des échantillons musicaux, des voix, des images, des pensées et des rêves est un moyen de redonner confiance. Prenons garde de ne pas laisser le réseau aux mains des seuls favorisés, par la culture, par le statut ou par l'argent "*.

" Le réseau nous donne aujourd'hui le moyen de réfléchir concrètement à ce que pourrait être une " économie politique de la connaissance ", poursuit Hervé le Crosnier. La connaissance a ceci de particulier qu'elle enrichit autant celui qui la reçoit que celui qui la donne. La connaissance fonde une économie sur le partage, le respect et le don. " Dans cet esprit, nous sommes en train de promouvoir la Déclaration des Droits et Devoirs de l'être humain proposée par la jeunesse, notamment les articles VII et VIII.

Placer l'homme avant l'économie est peut-être l'enjeu essentiel de la création d'une info-éthique (éthique de l'informatique). Parler d'éthique, c'est parler d'équité et d'équilibre. Non pas seulement en termes de marché. Sinon l'info-pauvreté s'étendra non seulement dans les pays déshérités, mais également dans les zones de paupérisation des pays riches que sont les banlieues, donnant lieu à une fracture culturelle irréversible. Deux exemples significatifs : il y a plus de lignes téléphoniques installées dans l'île de Manhattan (New York) que dans toute l'Afrique noire. Et plus de deux milliards d'hommes ne disposent pas d'électricité.

Dans un entretien, réalisé il y a une trentaine d'années, Idries Shah disait : la civilisation occidentale " est menacée de se noyer dans l'information ". Il ajoutait : " la culture européenne pourrait bien être la première dans l'histoire à dégénérer non pour cause d'ignorance mais pour n'avoir pas su utiliser sa connaissance ".

Le marché envahit le réseau et ceux qui apportent un contenu non-commercial deviennent peu à peu des amérindiens technologiques. L'avenir d'Internet est incertain : sera-t-il un outil de développement de l'intelligence collective, un lieu de dialogue et de partage dans le respect des différences, ou un supermarché unidimentionnel, contrôlé par les multinationales ?

Internet est la ruée vers l'or électronique de cette fin de siècle. Un Far West sans loi, où les seuls vainqueurs sont les gâchettes rapides. Chacun plante son drapeau afin de délimiter son territoire. Le moment est venu pour chaque-un d'apporter sa contribution à ce Nouveau Monde électronique. William Gibson, l'inventeur du concept de cyberespace, le dit dans les colonnes du Journal Virtuel : " Nous n'avons pas encore réalisé la dimension poétique du numérique ".

RD

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