dimanche 2 décembre 2007

 

Les inconnus de la destinée de l’humanité.

INTRODUCTION

Chaque homme a une existence unique. Le bagage héréditaire qu’il a à transmettre lui a été donné lors de sa conception. Certains ont reçu un meilleur héritage que d’autres. Comment sélectionner les meilleurs géniteurs, ceux qui promettent une existence sans problème de santé et sans tare héréditaire, sur une période de temps que l’on voudrait la plus longue possible? Avec le clonage, une technique de reproduction biologique pratiquée pour la première fois sur une brebis au cours de la dernière décennie du XXe siècle, l’homme a commencé à apprendre à devenir maître de sa propre destinée. Il développe les outils qui lui permettront de se concevoir comme il aurait toujours voulu être, parfait et illimité. Faire œuvre de créateur, que voilà une belle utopie! Huxley, dans son livre Le meilleur des mondes, l’a bien décrite sans toutefois l’avoir vu dans la réalité. Il en a montré toute l’épouvante. Pourtant, cette réalité est maintenant à nos portes.

LES LIMITES DE LA DESTINÉE HUMAINE

Une chose semble sûr! La condition humaine que nous avons connu au cours de ce siècle va changer profondément lors du prochain. La marée humaine qui s’étend maintenant aux confins des terres émergés ne peut plus guère monter. Elle a atteint la limite permise par l’environnement terrestre. Dorénavant, il faudra faire des choix. L’homme a bien rempli les promesses de la Bible; il s’est multiplié au point où il n’est plus possible d’assurer une existence confortable à l’immense majorité d’entre eux. La réalité des pays industrialisés et bien développés, face aux pays en émergence, pour ne pas dire en voie de développement, ressemble aux contrastes du jour et de la nuit. La pauvreté, la misère, les problèmes de maladie et d’épidémie, la faim appartiennent aux pays les plus densément peuplés de la terre, ceux qui ont aussi les sociétés les moins bien organisées et qui assurent des conditions d’existence parmi les plus précaires.

Les plus vastes bassins d’êtres humains sont formés actuellement de jeunes dont le potentiel et les talents sont gaspillés, au nom de la Tradition, de l’absence d’opportunités réelles de se réaliser pleinement. Pourra-t-on renverser ce déséquilibre démographique? Encore une question qu’il n’est pas facile de trancher. Après tout, ce n’est pas le nombre qui a permis à l’humanité d’atteindre les frontières de la connaissance. Ce sont les « happy few », l’élite des hommes, ceux dont les talents ont été distribués au compte goutte (par exemple, Albert Einstein) qui ont bouleversé l’idée que l’on se faisait du monde, qui ont fait progresser la technologie au point que notre style de vie ne ressemble pratiquement en rien aux conditions d’existence de l’homme primitif, sauf pour les gestes humains les plus essentiels que nous avons en commun (boire, manger, se reproduire, vivre et assurer sa survie, etc.). Il y a eu aussi tous les hommes qui ont été dévorés d’ambitions de toutes sortes, les empereurs, les rois et souverains, les conquérants qui voulaient s’approprier de tout et fonder des dynasties et d’immenses empires.

Mais les chances d’avoir des génies augmentent avec le poids démographique, si les bonnes conditions sont réunies. Et c’est là que le bât blesse. Le potentiel que recèlent toutes ces populations est largement sous-exploité, pour ne pas dire perdu. Mais, il n’y a pas de presse pour l’humanité, seuls quelques hommes, ambitieux et préoccupés par leur courte existence, sont pressés d’atteindre des objectifs qui auraient une portée plus que centenaires. L’humanité a connu des grandes pestes au Moyen-âge. Pratiquement, la moitié de la population de l’Europe en est mort. Nous savons aujourd’hui comme il aurait été facile de vaincre ces grands fléaux. Pourtant, il a fallu que le temps fasse son œuvre et que les hommes apprennent sur le tas et pendant de multiples générations, recherchent des solutions qui sont devenus des évidences et des simplicités de nos jours. Pour bien comprendre l’avenir, il faudrait peut-être penser à ce que pourra faire le monde de demain, face à nos problèmes d’aujourd’hui. C’est une des façons de concevoir l’humanité de demain et de s’en faire une idée. Pourtant, un homme du Moyen-âge, avec tout le talent du monde, aurait-il pu imaginer le nôtre d’aujourd’hui? Voilà le grand dilemme! Probablement, jamais. Les points de référence existentiels étant si largement différents, il aurait difficilement pu reproduire un monde qui s’est accéléré dans son développement au point où, à l’intérieur d’une période d’une génération, toute la technologie a changé du tout au tout.

Nous voyons le quotidien : il nous enserre de ses tenailles. Quand nous avons du temps pour la réflexion, peu de gens en disposent, occupés qu’ils sont de se retrouver eux-mêmes, dans le tumulte de la vie. Les gourous ont plus tendance à imposer leur ego et leurs utopies, que de partir à la recherche de la vérité, dans son essence la plus pure. Le temps des vrais philosophes va pourtant devoir renaître, si l’on veut progresser à nouveau au plan de la connaissance de l’homme et de son avenir. Peut-on concevoir la conquête de l’espace comme la nouvelle découverte de l’Amérique de Christophe Colomb? L’effort commun exigé dans cette aventure et les moyens ou ressources colossaux mis en œuvre pour réaliser les plans de départ de cette odyssée, augurent bien. Elle demande au préalable une civilisation planétaire. Du jamais vu! Oui, les hommes vont réussir, mais ils ne seront plus les mêmes. Ils seront loin, très loin de leurs ancêtres qui regardaient la lune se mouvoir dans le ciel, en se réchauffant autour d’un maigre feu de caverne. Ils vont devoir développer de nouveaux apprentissages. Par exemple, vivre en apesanteur et adapter leur organisme à cette nouvelle contrainte qui ressemble à l’apprentissage que l’on a dû faire pour descendre aux plus profonds des mers.

Jusqu’à maintenant, l’homme a pu préserver son environnement naturel, le reconstituer au besoin, pour vivre dans des mondes où il n’était pas sensé se rendre. Il l’a fait. Il a déjà marché sur la lune au cours des années soixante et il vient à peine de retrouver le Titanic qu’il avait perdu depuis 1914, des exploits surhumains réalisés par le commun des mortels. Jusqu’où sera-t-il capable de se préserver dans son entité biologique, dans son intégralité génétique? Faudra voir!

LES ACCIDENTS NATURELS

En ce début du XXIe siècle, l’environnement devient un sujet de préoccupations de plus en plus grand. On s’est aperçu au cours des dernières décennies que le climat changeait, qu’il se réchauffait, qu’il se produisait des trous au niveau des calottes polaires où les couches d’ozone s’amenuisaient dangereusement , que les glaciers se sont mis à reculer,… La prise de conscience que l’on pouvait tout polluer, détruire l’environnement naturel hérité du passé et même déstabiliser le processus de régénération de la planète, a commencé à se répandre et à préoccuper de plus en plus largement mes contemporains. Des actions de guerre liées au nucléaire ont été perçus, après de brèves périodes d’essai comme catastrophiques, pour ne pas dire comme des calamités irréversibles. Le pouvoir de destruction des hommes est maintenant potentiellement aussi dangereux que tous les accidents naturels qui pourraient arriver à la terre.

L’homme s’est rendu compte non seulement de la précarité de son existence, mais aussi de l’environnement dans lequel il vit. La terre n’est pas un sol immobile et stable pour des millénaires d’années. Par son étude de l’environnement stellaire immédiat et lointain, il a réalisé que le soleil avait une fin prévisible, même si l’échelle chronologique de cet événement potentiel s’étendait sur des milliards d’années terrestres. La théorie de la tectonique des plaques lui a permis de comprendre toute la mouvance des continents et surtout la constance dans ce mouvement perpétuel des plaques continentales. Rien ne s’arrête de bouger et de se transformer. C’est un monde géologique bien vivant, qui se modifie imperceptiblement à chaque jour, sans que l’homme ne puisse rien y faire. La question des cataclysmes naturels qui surgissent à chaque année, sous la forme d’ouragans, de tsunamis, de tremblements de terre et de volcanisme, par exemple, fait partie de l’actualité courante. On y est habitué, depuis toujours d’ailleurs. Après chaque catastrophe, les coins de pays touchés repartent à neuf, en enterrant les morts et en réparant les dommages à l’environnement. Le Japon est un des endroits les plus touchés par ce genre d’accidents naturels.

Rien n’a encore été vécu par les générations d’hommes qui se sont succédés au point d’éteindre la vie comme cela s’est produit, il y a 65 millions d’années, avec les dinosaures. Les conjectures sur les causes de l’extinction des dinosaures, fondées sur les traces géologiques laissées par cet événement montre bien que la fin du monde est possible, à n’importe quel moment, si l’équilibre des masses atteinte entre les corps planétaires du système solaire était rompu, pour une raison ou pour une autre. Certains parlent d’une gigantesque météorite comme l’élément déclencheur le plus probable. Ce fut probablement la cause la plus vraisemblable qui a amené la disparition des dinosaures et une grande partie de la vie existant à ce moment-là. Pour l’instant, le ciel est clair, comme on dit couramment. Rien n’est prévisible à l’horizon. Par ailleurs, si une telle éventualité survenait, nous n’aurions aucun moyen pour y faire face. Ce serait une panique universelle, semblable aux films catastrophes produits par Hollywood qui réglerait le destin de l’homme par un anéantissement de l’espèce, du moins avec peu de chance de survie pour un très grand nombre d’hommes.

Si l’homme avait un destin particulier dans l’univers, alors ce serait la fin de tout? Poser une telle question rappelle bien la position dans laquelle l’homme se percevait, il n’y a pas si longtemps, lorsqu’il concevait que la terre était au centre de tout, le soleil en périphérie, avec des signes du zodiaque inscrits dans la voûte étoilée, dans lesquels ils cherchaient une explication aux événements de son quotidien.

Maintenant, ce qui prévaut comme explication, c’est l’inverse; la petitesse de la planète terre, accrochée à un système planétaire où domine le soleil, qui est une étoile perdue dans une galaxie qui s’inscrit dans une multitude d’amas de galaxies dont on ne peut départager le nombre. Voilà pour la dimension spatiale. Si on y inscrit le temps des bouleversements cosmiques, de la naissance à la mort des étoiles dans ces galaxies, l’existence des hommes n’a plus de signification comme telle. Il n’a de présent réel que sa propre vision de l’histoire. Dans la dimension cosmique, il n’est même pas un événement perceptible. L’exemple de la termite habitant une termitière située dans un terrain perdu d’un pays d’Afrique, qui se demande comment est fait la calotte polaire montre un tant soit peu la dimension du problème que rencontre l’homme lorsqu’il essaie de se représenter sa place dans l’univers.

Alors, ces accidents naturels ont vraiment une signification à l’échelle humaine, mais vraisemblablement auraient une incidence nulle sur le sort de l’univers. L’humain peut toutefois appréhender son univers immédiat et même arriver vraisemblablement à comprendre toute la mécanique céleste, en utilisant des moyens techniques et scientifiques qui surmultiplient les possibilités naturelles offertes par ses sens. À travers les observations et les déductions de ses recherches, surtout au moment où il pourra débuter ses premiers grands voyages dans l’espace, beaucoup des éléments qui lui échappaient sur terre deviendront plus perceptibles. C’est probablement à ce moment-là que les prévisions sur les accidents naturels susceptibles de se produire pourront être déterminées avec beaucoup plus de certitudes. Une partie de l’histoire naturelle de la terre et de ses catastrophes du passé pourra trouver un fondement d’explication qui s’appuiera sur, par exemple, une répétition d’un cycle relié à des mouvements de masses stellaires, de planètes ou encore de comètes. L’homme, au lieu d’être prisonnier de son environnement terrestre et de ses limitations, pourra alors regarder la terre et son évolution, à partir d’un point d’observation qui aura comme origine l’espace.

LA RECHERCHE UNIVERSELLE DE SON « SEMBLABLE »

Depuis qu’il a découvert son « moi », l’homme recherche sans cesse et toujours quelqu’un qui lui ressemble, avec lequel il peut échanger, d’une manière ou d’une autre. Toute la littérature des dernières décennies sur les civilisations extra-terrestres, les ovnis, les rencontres du premier, du deuxième et troisième type, démontre jusqu’à quel point l’homme se sent seul dans l’univers. Il n’a pas encore rencontré son « semblable », celui qui habite ailleurs que sur terre et qui lui ressemblerait, avec lequel il pourrait échanger et communiquer. L’homme se sent seul sur son île, la terre, ne sachant pas s’il existe d’autres consciences comme lui. Plus celui creuse avec introspection, plus il ressent un grand désarroi. Oui, il y a Dieu et tous ceux qui ont rejoint les hommes, en tant que prophètes ou représentants de Dieu. La foi des hommes et leurs relations avec les divinités remontent aux tous premiers hommes. On retrouve des témoignages vivants de ces préoccupations qui sont gravés dans la pierre sous forme de gravures rupestres et qui révèlent aussi une profonde spiritualité, dès leur premiers éclairs de compréhension de leur univers terrestre. Ignorant la cause de tout, ils ont dû inventer des outils manuels pour se défendre et se protéger, se nourrir et s’habiller. Ils ont aussi appris à développer une pensée structurée qui est devenue avec le temps une source d’accumulation de connaissances qui se sont accumulées avec les générations et transmises jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui, la plupart de mes contemporains sont persuadés qu’ils ne sont pas seuls dans l’univers. Les probabilités que la vie ait pris forme ailleurs sont là pour asseoir cette certitude. Pourtant, on est encore très loin d’une prise de contact réelle avec une civilisation extra-terrestre, si l’on exclut l’imaginaire et le littéraire. Cette vie extra-terrestre est envisagée comme présente dans des systèmes solaires semblables au nôtre, dans des galaxies qui pourraient être voisines. Les obstacles à un contact direct sont pour l’instant insurmontables. Les distances à parcourir sont énormes, lorsqu’il est question de sortir du système solaire et la fragilité de l’existence humaine, conditionnée par son environnement terrestre, ne se prête guère, pour l’instant, à des voyages stellaires, portant même sur quelques années.

Il y a bien les détecteurs que sont les observatoires d’ondes radio en provenance de l’espace, les sondes exploratoires lancées par les États-Unis et par la défunte URSS. Rien de bien important pour rejoindre « un inconnu » que l’on présume qu’il existe quelque part dans l’univers. Autrement dit, la difficulté est largement plus importante que trouver une aiguille dans une botte de foin.

Si la science n’a pas de réponse pour l’instant à ces énigmes des extra-terrestres, l’homme a toujours pu communiquer par sa spiritualité, avec un être intérieur qui s’appelle Dieu. Qui est Dieu, voilà toute la question! La perception de Dieu, par la foi, est l’objet de nombre de religions qui ont pris des formes multiples au cours des âges et des civilisations. Dieu est quelque chose que l’homme appréhende au fond de lui-même. C’est un être qui comble son sentiment d’impuissance et d’incertitude, face à toutes les difficultés de son existence. C’est aussi un personnage que l’homme veut le plus proche de lui-même pour le comprendre et le sécuriser. L’homme fait appel à Dieu, en toutes circonstances, parce qu’il y voit une force et une présence essentielle à sa vie de tous les jours. C’est aussi sur Dieu que l’homme compte pour préserver sa santé et lui réserver un sort meilleur après sa mort. Pour l’homme, Dieu, c’est l’être suprême, quel que soit la forme de religion qui le représente.

L’homme a imprégné toutes ses réalisations d’un surréalisme divin. Pratiquement tout arrive grâce à des facteurs explicatifs qui ont longtemps eu pour origine ou cause, l’intervention d’une divinité quelconque. Que ce soit la déesse de la fertilité ou les dieux de l’Olympe grec, les hommes voient dans ces personnages des êtres qui ont une existence réelles, que l’on cherche à apaiser ou à plaire. Les personnages de Jésus, de Mahomet ou plus loin encore, de Bouddha, ont modelé des civilisations humaines et sont toujours bien vivants aujourd’hui dans la conscience de millions de personnes. Ce ne sont pas des extra-terrestres, qui appartiennent à d’autres galaxies. Ils ont pris racine à l’intérieur des hommes, dans leurs croyances religieuses de tous les jours et arbitrent nombre de leurs actions. Comment réconcilier le rationnel, l’imaginaire, le conscient et l’irrationnel chez l’homme? Où placer la foi dans l’échiquier de la pensée humaine? Voilà d’excellentes questions que chaque être vivant est appelé à trancher. Existe-t-il un monde réel qui est caché dans le monde de la Foi ou est-ce une vue de l’esprit, une forme de besoin inconscient de l’homme qui répond à des fantasmes profonds au fond de lui-même? Bien difficile de trancher, même avec toute la rationalité d’un homme bien pensant, lorsque l’on considère toute la démarche d’apprentissage de la vie qui doit se répéter pour chaque homme. Le plus profond que l’homme peut creuser, c’est son « moi » qui lui renvoie, comme un miroir, le fond de sa propre pensée. L’interrogation demeure entière. Sauf que l’homme perd son conscient quand il dort. La mort correspond à une perte permanente de ce conscient qui s’appelle le « moi ». C’est là que se situe la plus grande détresse de l’homme, au même plan que la douleur et la souffrance physique ou morale, qui accompagne la perte de l’homéostasie chez l’homme. Mais Dieu continue d’exister pour les hommes qui survivent à leurs morts. Si la mort est une forme de sommeil permanent pour l’homme, la perte de son identité et de son vécu, la fin de l’existence de l’individu, elle est perçu comme un processus naturel de régénération pour permettre de perpétuer l’espèce. C’est là que se trouve le nœud de l’énigme de la conscience humaine, qui, en prenant vie, désire se maintenir pour toujours. L’homme pourra-t-il trouver une réponse à l’angoissant problème existentiel? Le sens à donner à la vie est multiple ; il a un fondement naturel. Le sens à donner à la survie à la mort du conscient chez l’humain a un fondement surnaturel. C’est là que, sur le long terme, l’homme en général cherche actuellement à retrouver son « semblable » dans un univers réel qui lui redonne, en partie ou en totalité, une nouvelle vie qu’il voudrait la plus béatifiante possible. L’utopie a-t-elle une existence qui lui est propre?

LES PORTES DE L’INCONNU

L’homme préhistorique se regardait les mains comme nous le faisons nous-mêmes. Que voyait-il à travers ses yeux semblables aux nôtres? Comment réagissait-il face aux dangers, à la maladie, à l’adversité ou au mauvais sort? Probablement, comme nous, avec plus de grossièretés, mais, vraisemblablement, de la même manière, puisque nous sommes ses descendants, donc, ses semblables.

L’homme d’aujourd’hui a à sa portée un éventail de moyens qui lui permettent de transformer son existence, son quotidien, de manière à vivre de plus en plus dans un univers qu’il se crée lui-même, de plus en plus éloigné de l’environnement primitif. Les civilisations qui se sont succédées, depuis les débuts de l’humanité, ont été les porteurs de ces manières de vivre. Celle qui prévaudra au XXIe siècle sera une suite à ce qui se vit présentement, mais dans quelle mesure gardera-t-elle le même visage qu’on lui connaît? Le vieillissement des populations des pays industrialisés qui va se poursuivre pour le premier quart de siècle va figer des comportements et des façons de faire. Au-delà des comportements, il y a lieu de penser que le profil d’un humain plus réfléchi et plus mature va émerger de ce processus généralisé de vieillissement, faisant une sorte de pont vers une humanité qui pourrait éventuellement connaître un élan de sagesse à l’échelle planétaire. Cet âge d’or pourrait servir de tremplin aux débuts des voyages d'exploration de l'espace, une nouvelle forme de conquête, à l’image de la découverte des Amériques.

L’humanité devra commencer à rationaliser le comportement des nations, tout en reconnaissant le sens profond de l’individualité des humains, régler le problème de la survie de l’espèce et déboucher sur une libéralisation de l’homme des servitudes de la production et de la consommation. Les nouvelles technologies et l’accent mis sur le savoir sont sensées transformer les façons de concevoir le travail et le loisir. L’utilitaire et le nécessaire pourra alors prévaloir, alors que le luxe changera de forme pour un nombre de plus en plus important de personnes ayant développé d’autres échelles de valeur que les gens d’aujourd’hui.

C’est une période importante de transition qui s’élabore en douce. Du jamais vu depuis les débuts de l’humanité : un retour aux sources de l’homme, qui revient aux valeurs essentielles de la préhistoire, qui était fait d’un monde qui avait un sens, celui de survivre dans un nouveau monde qui succédait à la vie sauvage et primitive. Les vrais premiers pas dans l’espace vont redéfinir la dimension de la planète, en lui offrant un nouvel espace de vie, dont les gens de ma génération appréhendent difficilement le déroulement. L’homme semble de plus en plus conditionné par l’importance de ses découvertes technologiques. Ce sont de nouveaux outils qui s’ajoutent à sa panoplie et qui vont transformer ses modes de vie. Sera-t-il plus heureux et mieux dans l’ensemble? Rien d’évident dans ce sens. L’apprentissage de la vie garde des étapes à franchir qui ne changent pas d’une génération à l’autre, depuis le début de l’homo sapiens. En revanche, une meilleure compréhension de ces stades de développement pourrait entraîner une plus grande stabilité sociale et une harmonisation plus grande entre les hommes et les femmes. C’est probablement là que se situent les prochains progrès de l’humanité, qui dépasseront les comportements primitifs, en les encadrant mieux ou en les intégrant mieux dans la vie de tous les jours.

LES CONFINS DE L’IMAGINATION OU DE L’IMAGINAIRE

L'homme a atteint un niveau de développement qui lui permet d'entrevoir les limites non plus de ses sens, mais celles de sa pensée, les confins de l'imagination ou de l'imaginaire. Il a exploré, grâce à toutes sortes d'expériences qui s'appuient sur son cadre naturel quotidien, le monde réel. Il ne l'a pas complètement appréhendé, bien sûr! Les zones d'ombres sont omniprésentes, mais, la lumière de la raison lui a permis dans les derniers siècles qu'il a vécu, de rationaliser ses comportements, de comprendre les lois qui régissent son environnement terrestre, de mieux définir ses outils. Par exemple, il a remplacé le gourdin par des armes sophistiqués, la grotte par des habitations confortables et respectants ses besoins profonds de confort et de sécurité. Il sait se soigner et prendre soin de lui et de ses semblables. Il domine maintenant toute la planète par son nombre. Rien n'échappe à son contrôle, sauf les turbulences de sa planète mère, la terre.

Le sens de la découverte, de l'introspection, de l'aventure, du risque est toujours bien présent dans tous ses gestes et ses pensées, mais a-t-il atteint une limite? Chose certaine, il a engrangé tellement de connaissances, qu'un seul homme ne peut plus en faire le tour dans le cadre d'une seule vie. S'il peut encore toucher à presque tout, la profondeur dans chaque segment de la connaissance ne lui est plus possible. Il doit s'appuyer sur le partage des connaissances entre tous pour bien profiter du bagage collectif de connaissances qui s'est amplifié de façon exponentielle au cours des derniers siècles.

Rien de plus pénible que de constater qu'il est difficile de faire œuvre d'originalité. Le vieil adage "rien ne se perd, rien ne se crée" commence à faire partie de l'imagination ou de l'imaginaire de l'homme. Il doit composer maintenant avec un apprentissage de plus en plus complexe et prolongé, toute sa vie durant même. Ce courant n'est évidemment pas le sort de tous les humains, mais les besoins de la société en font une priorité qui s'étend graduellement au plus grand nombre d'entre eux. Lorsque l'on parle de "nouvelle économie basée sur le savoir", on ne fait que résumer d'un trait ces nouvelles tendances qui s'imposent et qui ne semblent devoir jamais plus ralentir.

Jusqu'où ira l'homme dans sa soif de tout connaître? C'est un peu ça poser la question des limites de l'imagination ou de l'imaginaire. On n'en voit pas le bout lorsque l'on s'y laisse prendre. Quand on ignore en quoi consiste cette quête, on demeure tout de même préoccupé par toutes sortes de questions qui font en sorte que l'on recherche tout de même des réponses à un grand nombre de questions ou de problèmes existentiels. Faut-il croire que personne n'échappe à cette soif de la connaissance? Il est clair que le résultat des efforts liés à l'apprentissage est à la base de beaucoup de bien-être, pour ne pas dire d'une vie pleine et enrichissante.

Le cheminement de chaque découverte amène dans son sillage d'autres découvertes qui se tentacularisent au point de créer des micros univers de connaissances, sans cesse en voie de se complexifier. Pour bien s'y retrouver, il faudrait peut-être assimiler cette prolongation de la connaissance à la perception qu'avait le Père Teilhard de Chardin lorsqu'il tentait d'expliquer Dieu et l'univers. Dans le fond, rien n'est plus simple, mais tout devient simple, une fois que tout est bien compris.

L’APPARITION DE L’HOMME « SUR MESURE »

Début de l'an 2000, on annonce dans tous les journaux du monde que les scientifiques viennent de décoder le DNA de l'homme, une aventure qui a mis à contribution tous les grands noms travaillant dans les plus célèbres laboratoires du monde. Merveilleux, n'est-ce pas! Déjà les réflexions fusent de toutes parts : enfin, l'homme va être en mesure de se diagnostiquer dans ses composantes les plus intimes, prévoir ses maladies futures, envisager des cures jusque-là inaccessibles. Un espoir de jeunesse éternelle pointe à l'horizon du prochain siècle. Maintenant, l'homme sera en mesure de gérer son propre avenir biologique, en travaillant sur les agencements les plus prometteurs qui s'offriront à lui au niveau des gènes. Le hasard des mutations pourra être interprété et encadré par les biens pensants de ce monde. On espère aussi trouver les remèdes génétiques qui permettront d'assurer une vie prolongée et confortable à tous et chacun dans un avenir rapproché.

Une grande porte vient d'être ouverte: celle qui marque le début de l'homme "sur mesure". Est-ce bien ou mal? Doit-on y voir les plus vertes avenues ou un sombre avenir où n'auront droit de vie que ceux qui répondent aux critères les plus élevés de l'eugénisme? Beaucoup de questions surgissent et plus la liste s'allongent, plus les contemporains conscients de ce nouveau début de l'évolution humaine s'interrogent sur les prolongements que peuvent prendre cette découverte on ne peut plus fondamentale. Le destin de l'homme est entre ses mains ; il peut se façonner à sa propre image, celle qu'il voudra bien se donner.

Faut-il y voir des dangers ? En prenant pour acquis que la vie est sacrée, le moindre dérapage dans les combinaisons génétiques de l'homme fait "sur mesure" pourrait avoir des répercussions inimaginables. Peut-on envisager le cas, par exemple, d'un Frankenstein ultra-moderne qui veut prendre épouse et se perpétuer, alors qu'il ne serait qu'une aberration de l'homme le plus ordinaire qui soit? Toutes les erreurs de codifications génétiques auraient des conséquences qui ne peuvent laisser indifférents l'ensemble des autres humains produits de l'évolution naturelle, à la Darwin. Le scientifique ou son équipe aurait des pouvoirs immenses de créateurs d'êtres humains qui rapidement pourraient déroger du "pattern" issu de l'évolution. Quels enchevêtrements de races "sur mesure" pourraient s'ensuivre? Le fil de la destinée humaine pourrait en être totalement changé.

Aujourd'hui, nous avons pris l'habitude de pratiquer un eugénisme très discret : par exemple, les fœtus porteur du gène du mongolisme sont discrètement avortés, dès qu'ils sont détectés. Bien d'autres maladies génétiques font aussi l'objet d'une sélection médicale particulière, qui empêche que la naissance d'êtres génétiquement déficients se rendent à terme. La transmission des maladies mentales font l'objet d'un suivi très prononcé à ce chapitre. La castration est perçue bien souvent comme une forme douce de solution définitive chez les humains qui sont catalogués dans cette catégorie.

Jusqu'à tout récemment, il n'était pas pensable de "programmer" le futur être humain en devenir. Maintenant, cette alternative devient réalité. Qui va décider quoi et comment allons-nous procéder? L'évocation de toutes les potentialités de cette nouvelle humanité qui pourrait s'auto définir a quelque chose d'effrayants pour les gens du début du XXIe siècle. L'homme n'a jamais, jusqu'à maintenant du moins, eu les moyens de devenir son propre créateur. Il pouvait toujours choisir le meilleur conjoint, le plus apte et le plus sain au plan de la survie et de la destinée. Le spermatozoïde faisait le reste. Désormais, il peut envisager beaucoup plus. Les nouvelles avenues qui sont ouvertes laissent place à toutes sortes de spéculations qui défient l'imagination. L'homme "sur mesure" devient à la fois un objet de manipulation génétique et une composante de l'humanité qui doit s'adapter aux contraintes de l'environnement terrestre, des projets d'exploration spatiale, de son évolution ultime,…. Malheureusement, il faut aussi envisager la dimension de l'ambition de certains hommes qui, par leur pouvoir lié à la richesse et à leur appétit de pouvoir, pourraient amener un avenir beaucoup plus sombre à toute l'humanité. Tout devient possible, une fois défoncées les barrières de l'éthique sociale traditionnelle. Jusqu'où pourrait-on aller dans cette direction? Deux cas qui sautent aux yeux : la création de banques d'organes et des humains créés pour répondre à une société du type imaginé dans le roman "Le meilleur des mondes" de Huxley.

Le meilleur des humains actuels ne peut, dans une logique qui repose sur les prémisses transmises jusqu'ici, répondre à toutes ces alternatives qui s'ouvrent à une humanité encore confondue dans des problèmes fondamentaux de surpopulation et de mauvaises gestions ou répartitions des ressources terrestres. La réalité présente de la plupart des gens de notre monde d'aujourd'hui est enracinée dans une logique de survie par le travail, dans un quotidien extrêmement absorbant, au point d'empêcher la plupart d'entre nous, de se livrer à des activités prolongées de réflexion et de prospective. Le niveau de vie élevé atteint par les pays les plus industrialisés se maintient grâce à une activité économique où tous les éléments productifs de la société sont mis à contribution de façon continue et cohérente. C'est l'organisation de la ruche et des abeilles qui prédominent. Les sociétés humaines sont des termitières qui ont chacune leur propre déterminisme, se développant indépendamment les unes les autres, dans un environnement proche ou éloigné. La survie de la termitière donne un sens à la vie des habitants de chacune d'entre elles. Peut-on demander à une termite de se lancer à l'assaut du monde extérieur, de se sortir de son conditionnement millénaire, pour affronter une réalité qui n'a pas de sens dans son propre déterminisme biologique? Voilà comment se pose le destin de l'homme "sur mesure", qui doit définir ce qu'il ne connaît pas, l'homme de l'avenir, celui qu'il est sensé devenir dans un temps très lointain comparé à sa brève existence. S'il se trompait du tout au tout? Quel désastre s'il était un unique exemplaire dans l'univers?


Conclusion

Peut-on arriver à bien soupeser ce qui attend l'humanité dans les prochains siècles? La question se pose et elle est fondamentale, ne serait-ce du fait de l'existence de plus de six milliards d'hommes et de femmes qui cheminent présentement le long des jours de leurs existences. Il faut envisager l'avenir non plus en terme de pays habités, mais bien en terme de continents habités qui accueillent, répartis inégalement, cette marée humaine dont Malthus envisageait l'apparition, il y a deux siècles environ.

Si la destinée humaine s'envisageait, en Europe, au siècle dernier, principalement sur le plan de l'individualité, aujourd'hui la dimension est mondiale. Il ne s'agit pas uniquement d'économie ou de commerce. Il est clair que tous les humains se rejoignent graduellement, par des moyens de communication planétaire, Internet n'étant qu'une première grande manifestation de cette grande réunion des communautés humaines. Cette grande aventure, on le pense sérieusement, a débuté il y a quelques milliers d'années en Afrique, grâce à la survie d'une petite tribu d'homo sapiens qui s'est répandue à l'échelle terrestre. Maintenant, la grande tribu se rejoint, dans un nouveau happening millénaire, le XXIe siècle. Le partage des richesses s'effectue toujours selon la notion d'empires qui remontent aux toutes premières civilisations, dans le pourtour du Croissant fertile et de la Méditerranée. Allons-nous définir d'autres modèles de gestion de la propriété terrestre? Pour l'instant, rien n'est moins sûr. Pourtant, la tendance est amorcée avec l'Europe Unie et les projets de continentalisation des économies nord-américaines et sud-américaines.

L'effort déjà enclenché vers la conquête de l'espace contient en soi des germes importants d'avenir pour l'humanité, surtout si des tendances manifestes à la surpopulation se maintenait au-delà des potentialités que recèle notre planète, la terre. Le rythme des découvertes célestes, à l'instar de la découverte des Amériques, pourrait aussi soutenir l'intérêt des grands pays industriels et mobiliser autant de ressources que ces événements nécessiteraient. Encore là, il y a la priorité à la vie au quotidien, au rythme séculaire de l'organisation sociale envisagée comme garante de la survie de tous et chacun. L'importance à y accorder variera sans doute largement en fonction des facilités à assurer le gîte et la nourriture, à une population mondiale qui, hélas, n'a pas le loisir d'en profiter de façon équitable ou équivalente. Une question fondamentale qui devra un jour se régler, si l'on veut assurer une pérennité de l'homme dans un environnement de paix et de quiétude, loin des désordres et des guerres toujours présents dans le quotidien de l'homme contemporain.

La technologie, un néologisme qui conditionne maintenant toutes les sociétés bien organisées d'aujourd'hui, devient l'outil moderne de l'homme. L'innovation sous toutes ses formes mobilisent de plus en plus les forces constructives des sociétés avant-gardistes. Le leitmotive de la nouveauté et du progrès n'ont jamais été si présent dans tout et pourtant, combien sont ignoré les langages de la sagesse qui doit conditionner l'existence de tous les hommes. Rien de nouveau, pourrait-on dire, en guise de rebuffade : la mémoire est une faculté qui oublie. Pourtant, tout est là. Le jeu des équilibres, comme l'homéostasie au plan de la santé, c'est l'élément le plus déficient qui empêche la grande marche en avant de l'humanité vers un destin qu'elle ne connaît pas, du moins pour l'instant présent.

RD

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